10 juin 2007, eMarrakech : Le 26 mai dernier fut l'occasion de la première vente aux enchères dédiée aux Arts du Maroc. Il s'agit là d'une première de son genre puisque ces ventes avaient toujours eu lieu ailleurs. Ali Tazi, initiateur de cette vente nous parle de cet évènement patrimonial.
Comment est venue l'idée d'une vente aux enchères dédiée aux Arts du Maroc ?
Dans tous les pays du monde, les arts nationaux représentent —ou devraient constituer— le fer de lance du marché de l'art.
Jusqu'à présent, ce n'était pas le cas du Maroc, dont les collectionneurs et amateurs d'art privilégiaient notamment les œuvres orientalistes, c'est à dire des tableaux et sculptures du XIXème siècle, d'origine européenne.
Or, le gisement d'œuvres orientalistes s'épuise et les mentalités sont en train d'évoluer : de plus en plus de Marocains prennent conscience de la valeur, de la beauté et de l'étendue de leur propre patrimoine, qu'ils ont soif de découvrir et reconquérir. Et également de collectionner des pièces anciennes ou des créations contemporaines.
Parallèlement, les œuvres marocaines, dont la valeur marchande demeure encore relativement modeste —pour le moment—, attirent les investisseurs qui y voient un placement prometteur.
C'est principalement pour répondre à cette double demande que MarAuction a organisé le 26 mai 2007 la première vente aux enchères entièrement dédiée aux Arts du Maroc, qui a éveillé une véritable curiosité et connu un beau succès.
Tous les arts marocains ont été représentés, à commencer par les arts traditionnels : céramiques de Fès, Meknès et Safi, armes anciennes, bijoux berbères et citadins, broderies et éléments d'habillement, arts des métaux et du bois, manuscrits enluminés... La peinture marocaine a également bien été valorisée, à commencer par ses maîtres . L'ensemble des lots est encore visible sur le site Internet de notre salle de ventes : MarocAuction.
En quoi cette vente a été bénéfique pour l'art traditionnel marocain ?
En faisant connaître et reconnaître la beauté des arts traditionnels, cette vacation de prestige a contribué à donner aux différents segments de ces arts le rayonnement qui leur revient.
A titre personnel, j'espère qu'elle aura un effet amplificateur à moyen terme et que de multiples initiatives viendront nourrir l'intérêt naissant des Marocains pour leurs arts traditionnels, qu'il s'agisse d'expositions ou de publications.
A côté de l'héritage de nos anciens, la vente a mis à l'honneur des plasticiens d'aujourd'hui, dont la notoriété n'est pas encore établie, mais dont nous apprécions le travail et que nous espérons ainsi promouvoir.
N'avez-vous pas l'impression de vendre, en partie, l'authenticité marocaine en vendant des objets datant de siècles et de grande valeur historique qui pourraient quitter leur pays d'origine ?
Il faut se réveiller ! Voilà des décennies que les plus grandes maisons de ventes de Paris à Londres en passant par New-York, proposent avec succès des pièces marocaines de premier ordre à leurs nombreux clients, occidentaux pour la plupart. Rien ne sert de craindre une évasion patrimoniale qui a déjà eu lieu ! Il me semble en revanche plus utile de chercher les moyens d'y remédier. Il ne faut pas non plus sous-estimer l'étendue du patrimoine restant au Maroc.
En organisant ces enchères à Casablanca plutôt que dans une capitale européenne, notre maison s'est adressée en priorité aux collectionneurs et acheteurs marocains. Rassurez-vous : la plupart des œuvres présentées demeureront au pays où elles ont vu le jour.
De plus, si la vacation engendre une dynamique autour des arts traditionnels, le retour d'objets actuellement à l'étranger est sérieusement envisageable, les collectionneurs étrangers vendant sur le marché marocain les pièces qu'ils possèdent. C'est le bon côté de la loi de l'offre et de la demande !
Pour vos lecteurs que ce sujet intéresse, je propose une analyse du marché de l'art au Maroc sur le site MarocAntics.
Naturellement, le marché étant libre, certains lots ont été acquis par des amateurs étrangers résidant au Maroc. Mais ne faut-il pas voir là un juste hommage rendu à nos arts ?
Qui bénéficiera des revenus de ces enchères ?
Les vendeurs comme les acheteurs ont été à l'évidence les principaux bénéficiaires de la vente, les premiers ayant récolté le fruit de leurs cessions, les seconds étant devenus les heureux propriétaires d'œuvres de qualité. Bien entendu, MarAuction a aussi été rétribuée pour son travail d'intermédiaire.
Les grands "gagnants" de la vacation ont finalement été les arts eux-mêmes.
Comme je l'ai déjà évoqué, des peintres méconnus, en figurant dans plusieurs ventes publiques, peuvent légitimement espérer un surcroît de notoriété, donc mieux vivre de leur création.
En valorisant les arts traditionnels, cette vacation pourrait aussi avoir un effet d'entraînement et faire apparaître sur le marché de l'art national des pièces condamnées à l'oubli et aux avanies du temps, voire à la disparition pure et simple. Combien de céramiques anciennes ont fini leur longue existence jetées ou brisées par méconnaissance ? Combien de vieux caftans ou de superbes broderies moisissent dans l'indifférence ?
J'espère que de nombreux Marocains découvriront chez eux des trésors et que, conscients de leur valeur, ils les traiteront avec respect. Le respect dû au talent et à la haute culture de nos aînés.
Propos recueillis par Amal Galla







